L’interview… Perrine Balland

parodontiste exclusive entre Metz et Luxembourg

AO News #763 - mars avril 2025


Perrine Balland, parodontiste exclusive entre Metz et Luxembourg, fait partie des praticiennes que l’on entend en conférences et que l’on lit ici ou là. Il était évident que Julien Biton aille à sa rencontre pour en savoir encore plus !

 

AONews. Qui est Perrine Balland et quel est son parcours ?

 

Perrine Balland. On me dit parfois que je suis le « fruit de mon sérail » , puisque qu’élevée par une maman orthodontiste, et un papa dentiste mais en fait l’histoire est bien plus ironique que ça ! La nature m’a donné cinq agénésies dentaires, et ma passion pour les chevaux … un gros accident à 13 ans, qui m’a encore coûté une centrale.

En conséquence je suis une patiente bien avant d’être une dentiste puisque j’ai littéralement passé ma vie chez le dentiste. C’est ce métier qui m’a redonné le sourire après un vrai parcours du combattant. Toute ma jeunesse a été consacrée au sport, dont 8 ans passés en équipe de France de Voltige équestre (à l’INSEP à Paris), consacrés par 5 titres de championne de France, une septième place au Championnat d’Europe et une dixième place au championnat du monde. Il est souvent difficile pour un sportif de haut niveau de mettre fin à l’histoire dans laquelle il s’est investi et qui l’a façonné pendant tellement d’années, de basculer vers la suite, de trouver sa voie professionnelle et s’y épanouir, avec en toile de fond les traces indélébiles de toute cette discipline qu’impose le sport. Pour moi, c’était une évidence, je deviendrai dentiste et je rendrai un peu de ce qu’on m’avait donné. Aujourd’hui je ne danse plus sur mes chevaux, mais j’ai besoin de challenge au quotidien et je pense que le choix que de mon exercice de chirurgie parodontale exclusive n’est pas anodin.

 

 AON. On dit toujours que l’herbe est plus verte ailleurs, alors c’est vraiment mieux les US ?!

 

P.B. Non ce n’est pas mieux, c’est différent ! En 2008 quand je suis arrivée là-bas, j’ai découvert un autre système dentaire. En France à l’époque il n’y avait qu’une seule spécialité reconnue l’orthodontie. Aux USA, dans le cursus dentaire chaque étudiant fait un tronc commun pour devenir general dentist, comme en médecine pour nous, puis vous avez le choix de vous perfectionner dans 6 spécialités reconnues. La parodontologie a une place primordiale, puisque pour chaque plan de traitement global, un bilan parodontal est nécessaire…Je crois surtout qu’à l’époque je voulais voyager et découvrir le monde avant de m’ancrer dans mon cabinet. Devenir bilingue était aussi un beau challenge, et cela m’aide aujourd’hui dans mon exercice luxembourgeois où je parle le plus souvent en anglais. Cela me permet également de rester à jour dans la lecture des publications internationales.

De nos jours en France, les étudiants en dentaire bénéficient de bien d’autres opportunités : formations publiques et privées de qualités sur tout le territoire, DU avec équivalence européenne, les échanges ERASMUS se sont démocratisés etc… Et puis je crois qu’en Europe nous n’avons rien à envier à nos confrères américains sur les concepts esthétiques.

 

AON. Comment ce rêve américain a-t-il influencé votre approche clinique ?

 

P.B. C’est là-bas que j’ai su que je voudrais exercer en parodontologie exclusive, et que pour traiter au mieux nos patients il fallait avoir une approche pluridisciplinaire, une vision globale. Travailler en équipe est vraiment indispensable, et puis je ne pense pas que l’on puisse être bon en tout, il faut donc bien s’entourer !

C’est aussi aux Etats Unis que j’ai appris à documenter et présenter mes cas cliniques, c’était certainement le début du partage qui continue aujourd’hui à travers la formation et les congrès.

 

AON. Qu’est-ce que vous apporte aujourd’hui le fait d’avoir été sportive de haut niveau ?

 

P.B. L’exigence et la rigueur du haut niveau sont des valeurs que je retrouve dans ma discipline favorite qu’est la chirurgie plastique parodontale, où le moindre détail compte pour obtenir le résultat attendu. Ce sont aussi des atouts indéniables de la vie active : notamment sur le plan des relations humaines, managériales, et dynamique de groupe. Pour pouvoir s’adapter aux différentes situations de pression, de stress, et surtout pour supporter les charges émotionnelles qu’elles véhiculent, nous sportifs (et il y a un vrai parallèle avec notre métier de dentiste) utilisons plusieurs méthodes de relaxation, de sophrologie et d’hypnose, je les applique au quotidien dans mon cabinet avec mes patients. Mon équilibre est ainsi fait, et le sport fait partie de mon équilibre, la seule différence aujourd’hui, est que le plus important pour moi n’est plus de gagner, mais de donner le meilleur de moi-même !

AON. Vous travaillez en France et au Luxembourg et vous avez beaucoup voyagé. En ce qui concerne la prise en charge des patients que retrouvez-vous dans d’autres pays qu’il faudrait rapporter en France ou inversement?

 

P.B. Je trouve que la parodontologie est bien mieux reconnue dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Suisse , l’Italie pour ne citer que nos pays voisins . Il parait inconcevable dans le bâtiment de construire une maison si les fondations ne sont pas saines …et pourtant en dentisterie, on voit encore beaucoup de patients non stabilisés au niveau parodontal bénéficier de traitements complexes.

Le système de la sécurité sociale est un vrai blocage quand on s’aperçoit que l’on rembourse un appareil amovible complet mais pas une thérapeutique initiale chez un patient, qui pourtant éviterait beaucoup de soucis par la suite. De même le retard que l’on a pris sur l’arrivée des hygiénistes dans nos cabinets n’est pas sans conséquence sur la santé parodontale en France. Lors de mon « parcours dentaire », j’ai été soignée en Allemagne par l’un de mes mentors et j’avais beau être dentiste, la séance pré chirurgicale avec un hygiéniste m’avait été imposée !!

Ma petite sœur est orthodontiste à Genève , et avec ses consœurs, elles ont 4 hygiénistes à plein temps. Cela nous parait ici de la science-fiction. Le coût horaire des cabinets français et les charges qui vont avec rendent cette mise en place complexe. Mais quand on pense que même au Brésil, dans une ville comme Sao Paulo (j’y avais suivi la formation DSD avec les Drs COACHMANs), où le pouvoir d’achat moyen n’est pas très élevé, les patients mettent 300 dollars deux fois par an pour de la maintenance et éviter des soins plus lourds, force est de constater qu’on en est encore très loin.

 

AON. La santé parodontale joue un rôle crucial dans la santé globale. Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les patients et les praticiens sont confrontés dans ce domaine aujourd’hui ?

 

P.B. Je suis heureuse que vous en parliez ! Cela fait quelques années maintenant que nos sociétés scientifiques, notamment la SFPIO et l’EFP se battent pour expliquer l’importance de la santé parodontale dans la santé globale et inversement. Tout est une question d’équilibre. Les patients commencent à y être sensibles et nos collègues médecins sont de plus en plus réceptifs. Depuis 14 ans que je fais de la parodontologie exclusive je travaille en étroite collaboration avec des gynécologues, des cardiologues, des endocrinologues, des dermatologues …Je pense qu’on doit encore s’améliorer dans nos méthodes de communication interdisciplinaire.

 

AON. Qu’est-ce qui vous motive au quotidien dans votre activité ? Avez-vous encore aujourd’hui des mentors ?

 

P.B. De par mon parcours et ma construction de femme, progresser et tenter de me surpasser font partie intégrante de ma personnalité. Je n’ai jamais arrêté de me former depuis 2011 et mon retour des Etats Unis. Même pendant les années de naissance de mes enfants j’ai continué à m’en tenir à deux formations par an minimum, c’est mon moteur, j’en ai besoin pour avancer. C’est un fait que l’on a toujours quelque chose à apprendre , et pour ma part observer mes confères est souvent inspirant .

Concernant mes mentors, je dois beaucoup à l’école allemande Markus Hurzeler et Oto Zuhr (à qui j’ai confié mon sourire !) Je dois aussi beaucoup à l’école italienne pour ses concepts de régénération parodontale.

Enfin en France de nombreux conférenciers ou conférencières m’ont inspiré et accompagné dans mon parcours, ils se reconnaitront évidemment .

 

AON. USA, Brésil, Espagne, Italie, France. Si aujourd’hui vous deviez tout quitter pour tout recommencer, vous feriez ça où ?

 

P.B. Je crois que je choisirais le Brésil !!

 

AON Si vous deviez changer quelque chose dans votre parcours que feriez-vous ?

 

P.B. Notre diplôme français nous donne le droit d’exercer partout en Europe. Alors je pense que si j’en avais eu les moyens et le temps, j’aurais passé mon board américain, ne serait-ce que pour avoir la possibilité de travailler là-bas un jour si l’envie m’en prenait. A l’époque cela demandait de nouveau trois ans d’équivalence d’études et j’avais déjà trente ans après mon post graduate.

Mais cela ne sert à rien de regarder en arrière, seul l’avenir compte…au final dans la vie l’important n’est pas ce que tu veux mais ce que tu es prêt à mettre en œuvre pour l’avoir !

 

Propos recueillis par Julien Biton