Ce qu’il faut retenir :
Nous sommes le jeudi 28 novembre, il est 11h du matin, et la salle de conférences se remplit en moins de 5 minutes. Ce sujet attire indéniablement un grand nombre de chirurgiens-dentistes. Et pour cause : qui peut, même parmi vous, dire à voix haute avec la main droite levée : Je jure n’avoir jamais fait de fracture instrumentale en endodontie ?
Les fractures instrumentales en endodontie sont assez courantes dans notre pratique. En moyenne, il y a environ 1,83 % instrument fracturé par traitement canalaire. Nous sommes en général bien informés sur les causes de cette complication peropératoire, citées ci-après.
Le pronostic de succès de la dent à la suite de ce type d’incident reste bon (mais attention il y a peu d’études fiables). En guise d’exemple, l’absence de traitement du MV2 a moins bon pronostic que la fracture instrumentale. Ce qui fait varier significativement le pronostic est : la présence de lésion apicale préalablement au début du traitement, moment de la fracture instrumentale dans la séance, anatomie du canal, position de l’instrument dans ce dernier.
Les déclarations de fracture instrumentale en endodontie sont en nette augmentation ces 10 dernières années (+161 %), et constituent à elles seules presque 13 % de la totalité des litiges. Parmi elles, la grande majorité des dossiers se sont résolus à l’amiable, et les seules mises en cause devant les juridictions civiles ont été toutes liées à un défaut d’information au patient ou à un défaut de suivi thérapeutique. Il est d’ailleurs toujours préférable si possible de résoudre un sinistre à l’amiable plutôt qu’en juridiction civile car le coût n’est pas le même :
Les assurances ont la tâche d’évaluer, à partir des documents fournis par le dentiste et le patient, s’il s’agit d’un aléa thérapeutique ou d’une faute de la part du praticien, pour accorder ou non une indemnisation en conséquence. L’assurance prendra en charge l’endodontiste spécialiste qui poursuivra le traitement, ou éventuellement l’implant si l’avis est favorable. Le taux de responsabilité est aussi déterminé en fonction de l’état initial de la dent : par exemple s’il fallait extraire au lieu de faire le traitement endodontique l’assurance refusera d’indemniser.
Revenons sur quelques définitions importantes…
Juridiquement, une fracture d’un instrument est définie comme un aléa thérapeutique dès lors que l’ensemble des moyens pour éviter cet accident ont été mis en œuvre par le praticien, et qu’il s’est produit de manière inévitable, imprévisible, malgré des soins conformes aux règles de l’art.
À l’inverse, il s’agit d’une faute thérapeutique dès lors qu’une faute de la part du praticien a pu être prouvée, avec un préjudice réel pour le patient, tous deux liés avec un lien de causalité. Il est important de préciser qu’un défaut d’information donné au patient est aussi considéré comme une faute Il est aussi très difficile de prouver la faute du fabricant dans ce type de sinistre.
Voici la conduite à tenir point par point en cas de fracture instrumentale
Avant la survenue de l’incident
Après la survenue de l’incident
Déclarer le sinistre auprès de l’assureur
Le mot de la fin : pour l’assureur, le plus important c’est un dossier médical bien tenu !