Margaret Kennedy | Éd. La Table Ronde Traduction : Denise Van Moppès
Ce festin est une gourmandise. Une régalade…
Ce livre de Margaret Kennedy date de 1947, il vient d’être réédité pour notre plus grand plaisir pour la
31e fois. Nous sommes en 1947 en Cornouailles et comme tous les étés, le révérend Seddon rend visite au père Bott. Hélas, ce dernier doit renoncer à la partie d’échecs avec son invité car il doit écrire l’oraison funèbre des pensionnaires de l’hôtel de Pendizack. C’est une imposante demeure bourgeoise que ses propriétaires désargentés, les Siddal, ont bien du mal à entretenir et l’ont ainsi convertie en pension de famille. Celle-ci est située sur la plage, totalement isolée, avec une vue magnifique mais surmontée d’une immense falaise qui va s’effondrer et ensevelir à tout jamais les pensionnaires, à l’exception de ceux qui avaient décidé de faire un festin, ce soir-là, sur la plage à l’écart de la maison. Le roman se
déploie en sept parties, les sept jours avant la catastrophe et jusqu’à l’effondrement de la falaise. Margaret Kennedy
nous brosse une galerie de portraits des plus jubilatoires, avec ces vacanciers hétéroclites au possible : une
aristocrate égoïste, une écrivaine bohème et son chauffeur-secrétaire, un couple endeuillé, une veuve et ses trois
fillettes miséreuses, un chanoine acariâtre et sa fille apeurée…
Le temps d’une semaine au bord de la mer dans l’Angleterre de l’après-guerre, avec ses restrictions et ses carnets de rationnement. On découvre ainsi chacun des protagonistes de ce drame, avec un
humour so british et surtout une analyse remarquable de la psychologie de chacun d’entre eux sous la plume de l’auteur,
à travers leurs lettres, journaux, tapuscrits bourrés de fautes, monologues intérieurs et conversations animées
ou chacun égratigne son voisin de façon impitoyable. On pense inévitablement à Agatha Christie, pour les
décors, la finesse du trait des personnages, et tel un roman policier, jusqu’à l’épilogue, on découvrira, qui vivra et qui mourra.
J’avoue humblement que je ne connaissais pas cette écrivaine qui pourtant a connu un succès fulgurant dès son deuxième roman en 1927, La Nymphe au cœur fidèle, qui a engendré de nombreuses adaptations. Avec des amis romanciers ils avaient envisagé, en 1937, d’écrire chacun sur les sept péchés capitaux, le projet est tombé à l’eau mais Margaret Kennedy y songeait inlassablement, et s’est ainsi que dix ans plus tard, elle imaginait réunir dans cette auberge des Cornouailles, les sept péchés : l’orgueil, la gourmandise, la luxure, la paresse, l’avarice, la colère. Chacun de ces péchés est analysé avec subtilité, par exemple : L’orgueilleux est humilié qu’on puisse supposer qu’il a besoin d’aide. La main qu’on lui tend est une insulte. Son motif n’est pas dans une obligation sociale mais dans un désir de supériorité, il pense toujours en termes de supériorité et d’infériorité. Il s’imagine que toute aide est offerte par le supérieur à l’inférieur, et que lui en proposer, c’est l’abaisser. S’il se trouve forcé d’accepter une quelconque générosité, il haïra celui qui la dispense. Attablez-vous pour ce festin, vous allez vous régaler !